C’est dans les champs de la Vuelta Abajo puis dans les fabriques à travers tout le pays que naissent les cigares cubains. Entre les deux, de nombreuses étapes où se manifestent la richesse du terroir le savoir-faire des hommes

Le cigare, c’est d’abord une graine ; celle du tabac noir cubain qui compose 100% d’un havane. Chaque année, après une quinzaine de jours de culture, cette petite graine devient un plant qui est repiqué en pleine terre en octobre-novembre. C’est là, dans les champs de la Vuelta Abajo, à deux heures de route de La Havane, que commence vraiment la culture du tabac, qui s’étale pendant l’essentiel de la saison sèche, c’est-à-dire jusqu’en mars.
Les plants qui donneront des feuilles de cape (c’est-à-dire l’enveloppe extérieure du cigare), mettent 90 jours à mûrir ; ils poussent le plus souvent sous des tapados, des toiles de coton tendus entre des piquets qui vont filtrer une partie des rayons du soleil. Les feuilles de la tripe (l’intérieur du cigare) ne demandent que 45 à 70 jours de croissance en plein champs.
A la fin de ce processus, la récolte se fait entièrement à la main – une étape-clé qui va permettre un premier tri des feuilles. Seize à dix-sept feuilles sont récoltées sur chaque plant qui compte sept étages ; les feuilles les plus en hauteur, les plus exposées aux rayons du soleil, sont celles qui donneront le tabac le plus puissant.

Séchage et fermentation
Dès qu’elles sont coupées, les feuilles sont amenées dans un séchoir, appelé casa del tabaco, où elles sont cousues par paires avec un fil de coton, et sont posées à cheval sur une perche en bois.
Une cinquantaine de jours plus tard commence la première fermentation, un processus biochimique qui dure de 3 à 9 semaines et qui débarrasser la feuille de son excès d’azote et de nicotine. Ensuite, les feuilles sont rassemblées en ballots. Ainsi s’achève le cycle du tabac à la plantation.
Direction ensuite la fabrique, où les feuilles vont subir une deuxième fermentation – les cigares de la marque la plus prestigieuse du catalogue cubain, Cohiba, en connaîtront même une troisième, dans des fûts en bois. Après une phase de repos, les feuilles sont mises en balles : elles vieilliront ainsi encore 6 mois à deux ans, souvent dans le grenier des fabriques, pour des raisons d’aération.Vient alors l’heure cruciale du mélange, celle qui va donner à chaque marque, une identité propre. Il s’agît d’assembler dans un petit rouleau d’une dizaine de grammes, plusieurs feuilles de différentes origines pour (tenter de) retrouver au fil des années, la même identité gustative – c’est exactement ce que font les assembleurs dans les grandes maisons de Champagne ou de Cognac.

Le roulage
On peut alors enfin passer à la phase finale : le roulage. Même si les clichés ont la vie dure, dans les fabriques cubaines d’aujourd’hui, les hommes et les femmes sont à peu près à parité. Les rouleurs (torcedores) sont assis en rangées. Face à eux, un lecteur, personnage que les ouvriers du tabac ont imposé à la fin du XIXè siècle : il lit au micro le journal du jour, le dernier discours de Raul Castro, ou des romans – voilà pourquoi les noms de certaines marques de cigare sont inspirés de classiques de la littérature (Romeo y Julieta, Montecristo…).
A partir du mélange fournit par l’assembleur, le rouleur confectionne entre 80 et 120 cigares par jour, selon sa dextérité et la taille des modules. La tripe et la sous-cape sont d’abord mises dans des presses pendant plusieurs minutes pour leur donner la forme voulue, puis le rouleur pose la cape, la dernière feuille, celle qui va donner au cigare son aspect extérieur.
Mais le parcours du cigare n’est pas encore terminé. Certains rouleaux sont extraits du processus pour un contrôle qualité (calibrage, combustion, imperfections de la cape…). Les autres sont triés en fonction de leur couleur (il existe officiellement 64 nuances) pour que les boîtes soient uniformes.
Il ne reste plus, alors, qu’à poser la bague puis à installer les cigares un par un dans leur boîte en cèdre. Après quelques semaines pour une ultime maturation, les cigares seront expédiés aux quatre coins de la planète, ou écoulés dans les plus belles boutiques de l’île.

 

 

Laurent Mimouni