Cuba doit une grande partie de sa notoriété à ce petit rouleau de tabac qui a traversé le monde.
La visite d’une fabrique et la dégustation d’un cigare sont parmi les incontournables d’un voyage dans l’île

La Vuelta Abajo
Bienvenidos en la tierra del mejor tabaco del mundo ! « Bienvenue sur la terre du meilleur tabac du monde ! »
Les affiches qui accueillent le visiteur dans cette région de l’ouest de l’île ne font pas dans la demi-mesure. Le petit triangle qui se forme entre la capitale régionale, Pinar del Rio (à 165 km à l’ouest de La Havane), et les villages de San Luis et de San Juan y Martinez concentre les meilleures plantations de tabac de l’île, donc du monde. On parle ici du tabac noir, celui qui sert à la confection de cigares haut de gamme Habanos (« dénomination d’origine protégée », équivalent d’une AOC), roulés à la main et composés uniquement de feuilles de tabac séchées et fermentées.

La Vuelta Abajo est la seule région du monde à concentrer des qualités géologiques particulières mais surtout des conditions météo introuvables à de telles latitudes, notamment des mois de décembre et janvier assez frais.

La culture du tabac s’effectue d’octobre à février. Quelle que soit la saison, on peut visiter plusieurs plantations dans la région. La plus mythique est celle d’Alejandro Robaina. Avant son décès en 2010, ce producteur de tabac était une sorte de dieu vivant dans l’île, et au-delà parmi les amateurs de cigares du monde entier. Il est le seul cubain à avoir donné son nom à un cigare de son vivant.


Les fabriques de cigares de La Havane
Le cigare cubain est certes le produit d’un terroir unique au monde, celui de la Vuelta Abajo, mais il est aussi le fruit d’un savoir-faire peut-être plus exclusif encore, celui des torcedores, les rouleurs de cigares qui officient dans des manufactures. Pour l’amateur de cigare, entrer pour la première fois dans l’une des fabriques de l’île s’apparente à un pèlerinage. Pour les autres, c’est un incontournable de tout séjour dans l’île.

Si on parle de « fabrique » plutôt que d’usine, c’est parce que tout, ici, est fait à la main. Du tri initial des feuilles jusqu’à la mise en boîte finale en passant par l’écôtage (retrait de la veine centrale de feuille de tabac) et le roulage, aucune intervention autre que celle de la main de l’homme. Produit agricole, le cigare est aussi un produit artisanal, non standardisé : le rouleur compose son cigare seul, armé uniquement de son savoir-faire et des feuilles que lui a fourni l’assembleur. Voilà pourquoi les amateurs disent qu’on ne fume jamais deux fois le même cigare. Un rouleur produit entre 80 et 150 cigares par jour, selon la taille des cigares et l’expérience du torcedor.
Certaines des grandes manufactures de La Havane sont actuellement en rénovation. C’est le cas de la légendaire fabrique Partagas, située juste derrière le Capitole. Mais d’autres lieux sont ouverts aux visiteurs comme les fabriques La Corona et Rey del Mundo à La Havane ou la fabrique Francisco Donatién à Pinar del Rio.

 

L’hôtel Conde de Villanueva, dans la Vieille Havane
A Cuba, les cigares s’achètent essentiellement dans le réseau des Casas del Habano, une chaîne de boutiques d’Etat dont la plus remarquable sur le plan architectural est celle qui se trouve à l’intérieur de l’hôtel Conde de Villanueva. L’emplacement en mezzanine dans un ancien palais colonial du XVIIIè siècle en plein cœur de la vieille Havane en fait l’une des plus belles boutiques de l’île. Pour le choix, en revanche, l’approvisionnement est on ne peut plus aléatoire ; le cigare haut de gamme est avant tout un produit d’exportation. Il ne faut donc surtout pas hésiter à visiter plusieurs boutiques et à acheter dès qu’on trouve l’une de ses références préférées. Les boutiques de l’Hôtel Nacional (voir plus bas) et de la fabrique Partagas sont également intéressantes à visiter, même pour le néophyte : il y a souvent un torcedor local qui se fera un plaisir de vous expliquer l’art du roulage si avez manqué une étape lors de la visite de la fabrique.

 

Le patio de l’Hotel Nacional, à La Havane
L’ensemble de l’île, son climat, son architecture, la bienveillance de ses habitants… Tout se prête à la dégustation d’un cigare dans n’importe quel recoin du pays. Mais il n’y a pas d’endroit plus mythique pour déguster un havane que le patio de l’Hotel Nacional, en surplomb du Malecon, le front de mer de la capitale cubaine.
Grand témoin des années « américaines » de La Havane, cet hôtel a été un haut lieu de la vie mafieuse dans les années 1940-1950. Pour y déguster votre cigare à l’heure de l’apéritif, vous avez le choix entre les gros fauteuils en osier dans le patio ou les chaises au fond du jardin, avec vue sur le Malécon et le détroit de Floride, au pied des énormes canons Krupp du début du XXè siècle.

Laurent Mimouni

 

Attention aux faux cigares !
Aux abords des fabriques et des lieux touristiques, sur la plage ou tout simplement dans la rue, les sollicitations de vendeurs de cigares à la sauvette sont nombreuses. N’y cédez pas. Il s’agit soit d’arnaques pure et simple (des cigares roulés avec tout sauf du tabac noir) soit de recels de produits volés à une étape ou une autre (plantation, fabrique, transport, boutique…).Si vous voulez déguster votre premier cigare ou si un ami amateur vous a fait une commande, n’achetez que dans les boutiques officielles. Sinon, il y a 9 chances sur 10 que ce que vous rapporterez en France ne sera pas un authentique Habano.