Si le printemps dans l’hexagone et particulièrement à Paris a eu du mal à s’installer, fort heureusement Cuba, est venue à la rescousse pour partager son été avec nous. Rien de tel qu’un peu de culture, celle que l’on aime tant, de chaque côté, omniprésente et indispensable, à travers les arts que sont la musique, la peinture, la sculpture…

Aussi, c’est avec du Son et de la Salsa que cet événement organisé par l’Ambassade de Cuba, son Office de Tourisme et leurs partenaires a été inauguré le 2 mai à la mairie du 4ème, par son maire Christophe Girard. Outre le fait que ce fut un délicieux moment d’échanges et de reconnaissance, agrémenté de bon rhum et d’un buffet caribéen pour lancer « L’été cubain à Paris », nous assistions également à l’avant-première du vernissage des très belles expositions de la galerie Valois qui mettait à l’honneur, au mois de mai rue de Seine, deux artistes cubains : l‘un déjà confirmé, Diago et l’autre exposé pour la première fois en dehors de l’archipel, Figueroa. L’un, est un artiste de 45 ans né à La Havane, l’autre de 36 ans vient de Camagüey. Juan Roberto Diago Durruthy, digne héritier de Wilfredo Lam, Manuel Mendive et de Roberto Diago Querol, son grand-père, sorti de la prestigieuse Academia Alejandro en 1994, développe depuis une vingtaine d’années de nouvelles images liées à l’identité noire de Cuba. Car il appartient à une génération plus engagée envers la négritude et l’antiracisme. Lors de la fameuse exposition collective Queloides en 1997, il figure parmi les chefs de file du renouveau de la thématique noire dans la peinture cubaine. Il se nourrit de l’expérience des femmes et des hommes afro-descendants : la mémoire de l’esclavage, la discrimination raciste, les stéréotypes, la pauvreté, l’habitat, le gagne-pain, les rêves et les joies de ces populations. De cela, Diago fait émerger des visages, des blessures, des cicatrices exprimant l’identité, le déracinement et la souffrance. Pourtant, il réside à travers son travail comme une promesse de régénération. Les matériaux qu’il utilise sont très variés mais il s’en dégage malgré leur hétérogénéité, une harmonie.

Son travail, dès le départ a été déterminé par la Période Spéciale des années 90. En effet, face à la pénurie de ces années, il utilise très tôt des matériaux de récupération et se rapproche en cela de l’Arte povera : sacs de jute, bois de palettes, plaques déroulées des bidons d’essence, tôles métalliques, des plastiques… Il a également usé du texte, de graffitis. Pourtant progressivement ils ont disparu et il n’y en a plus de trace dans son travail depuis les années 2000. En revanche, toujours l’on retrouve ses chéloïdes (cicatrices boursoufflées), symboles de l’identité noire avec ses blessures et sa créativité… Auxquelles s’ajoutent la Mer, la Terre rouge et fertile de Cuba, le Ciel bleu et clair des Caraïbes et le motif de l’échelle comme élément transcendantal. La marelle aussi parfois… Diago a trouvé son langage : duplication de pots de fleurs pour la nature morte, un contour de visage prédominant, pas de bouche, des têtes fendues… Actuellement, son style s’épure tout en restant dense, équilibré. « Sur mes pas » est une invitation à explorer la voie qu’il s’est frayée entre son héritage noir et le présent des communautés noires du continent américain. Cette expression fluide et profonde à la fois, fait de cet artiste largement reconnu aujourd’hui une personne humble car il refuse d’envisager son travail comme une œuvre, il laisse ce terme à la postérité ! Car l’artiste selon lui est dans la rue, tout simplement, comme tout le monde…

Yunier Hernandez Figueroa quant à lui, nous a fait l’honneur à Paris de sa première exposition internationale, « S.O.S ». Originaire de Camagüey où il étudia à l’Academia Profesional de Artes Visuales les Beaux-Arts, il poursuivit à La Havane à l’Institut Supérieur d’Art. Pour cette exposition inédite, Figueroa sculpte le cash !… Il fait des billets de banque du monde entier, en circulation ou non, de la dentelle graphique et des pièces de monnaie, notamment cubaines et françaises, de la poudre !!
Il désacralise ainsi le Dieu argent qui perd son prestige et son rôle de monnaie d’échange. Il interroge notre rapport à l’argent et trop souvent cet insatiable besoin de posséder…Il choisit des motifs simples et universels pour ses drôles de découpages : travail d’orfèvre sur billets de banque ! Et pourtant, son art est percutant. Inattendu et délicat, il nous emporte avec lui dans sa minutie et son jeu de Monopoly si particulier. Il s’amuse à mettre au même rang toutes les monnaies, que celles-ci soient encore ou non en circulation, qu’il s’agisse de 50 dinars yougoslaves ou d’un peso cubain… C’est flagrant dans les diptyques « Huelga » & « Maraton ».

Mettant de la poésie là où il y en a le moins, l’artiste semble faire un clin d’œil à la fois à Magritte et aux Dadaïstes. Irrévérencieux tout en restant ludique et léger, il aborde le thème de la vanité humaine à la manière du Memento Mori (« Souviens-toi que tu vas mourir »). On retrouve donc les motifs habituels tels l’arme, la bougie, les fleurs, le fruit, le squelette, le verre… Et ainsi, dans le détournement du cash, il se libère de son pouvoir.

Son « S.O.S » (ces 3 lettres composées avec 1 cent, 1 centavo et 1euro) devient alors un message politique universel, tout en faisant un clin d’œil à l’embargo américain. Tandis que « HELP » voit se cotoyer l’effigie du Che –symbole universel de l’anti-impérialisme » et son antithèse, un billet de 100 dollars. Et de se demander qui porte secours à l’autre ? Son travail évoque aussi la mondialisation et ses effets, soit favorables : « Strike » l’Union des Peuples, soit pervers avec l’exacerbation des rapports de force dans la sphère sociale et la compétition entre les nations « Marathon ». A travers cette exposition « SOS », l’artiste apporte sa réponse à un sentiment de claustrophobie et de peur quant à la domination de la loi du marché. A laquelle il propose l’alternative de la liberté de création, de l’épanouissement personnel et d’une aspiration à un monde plus solidaire et plus humain.

Et pour terminer par une note suave et joyeuse, tournons-nous du côté de la belle chanteuse de Jazz, Yaida Jardines Ochoa qui, par un soir étouffant et une chaleur torride a su nous rafraîchir de ses mélodies au Sunset Sunside de la rue des Lombards, le 6 mai dernier. Entourée de son Quintet de jeunes, charmants et talentueux musiciens qui savent l’accompagner à merveille et qu‘elle sollicite pour chanter avec elle… Son répertoire afro-cubain, aux détours latins ou français parfois sait aussi en marge de ses compositions revisiter quelques chansons incontournable d’Amérique latine (« Besame mucho », « Drume negrita », « El aji de cocina »…). Issue d’une famille de musiciens connus de Santiago de Cuba, cette mezzo-soprano fait ses débuts à la Casa de la Trova avant de conquérir Paris !

Brigitte Berganton