Située sur la mer des Caraïbes et le long d’une très belle baie, Cienfuegos porte l’empreinte des Français qui l’ont fondée, en 1819. D’ailleurs, grâce à son architecture élégante et à son patrimoine bien préservé, elle est devenue la troisième ville cubaine à se mériter une place au sein du Patrimoine mondial de l’Unesco. Bienvenue dans cette ville coquette, que l’on surnomme aussi la « perle du sud », depuis fort longtemps déjà…

La belle, aux accents français
Située à 228 kilomètres au sud-est de la Havane, Cienfuegos est la capitale de la province du même nom, dont la plus grande partie est marquée par la présence des montagnes de l’Escambray, où domine le Pico San Juan (1 140 m).
Mais Cienfuegos est surtout la seule ville de toute l’île à avoir été fondée par des immigrés français. En effet, Louis de Cluet, d’origine française, s’établit ici en 1819, avec une quarantaine de familles qui arrivaient principalement de Bordeaux et de Louisiane, pour y cultiver le café. « Ils ont tellement aimé qu’ils sont restés »; racontent tous les guides. De toute évidence, l’emplacement ne manquait pas de charme, puisqu’ils la nommèrent « Fernandina de Jagua »; ce qui signifiait beauté dans la langue des autochtones, à l’époque. Un nom un peu plus poétique que celui qu’on lui attribua dix ans plus tard, d’après le gouverneur général de l’époque, Jose Cienfuegos. Par contre, n’en déplaise à ce monsieur, la légende populaire a toujours continué de saluer le nom original de la ville; en lui attribuant des surnoms tels que « la belle du sud » ou « la perle du sud ».

Au fil du temps, Cienfuegos a su prouver que ses surnoms n’étaient pas galvaudés… Grâce à son emplacement sur la côte caraïbe, elle devint un important carrefour de commerce pour les produits de la canne à sucre, du tabac et du café, qui étaient cultivés dans la région, tout autour. Dans les années 1860, elle était même la troisième ville la plus prospère de l’île. Elle hérita donc d’un beau centre-ville de style néoclassique, conçu selon un plan en damier, inspiré par le siècle des Lumières espagnol.
A l’époque, les activités publiques se concentraient principalement autour du Parque Jose Marti (l’ancienne Place d’Armes), de même qu’à l’église et dans les principaux bâtiments qui l’encerclaient. Chose certaine, cette architecture coloniale du 19ème siècle fait véritablement partie des trésors de Cienfuegos, encore aujourd’hui. Et c’est précisément ce qui lui a valu la reconnaissance de l’Unesco, en 2005, lorsqu’elle est devenue la troisième ville du pays à entrer au Patrimoine mondial, après La Havane et Trinidad. D’ailleurs, le site internet du Patrimoine mondial louange son centre historique en disant qu’il s’agit « d’un remarquable exemple d’architecture, qui traduisait des notions de modernité en matière d’urbanisme, pour l’époque. Un modèle, qui se développera ensuite dans toute l’Amérique latine. »

Aujourd’hui, c’est la statue du héros cubain José Marti qui nous invite à flâner dans ce quartier historique. Bien sûr, sa statue domine le parc du même nom, qui n’a jamais cessé d’être le coeur de la ville. Au milieu de cette place trône la charmante « glorieta », qui a vu défiler de nombreux orchestres; sans parler des nombreux passants, couples d’amoureux et enfants enjoués qui se retrouvent ici, chaque jour.
A l’instar de la place elle-même, les édifices du 19ème siècle qui la bordent ont aussi été conservés de façon remarquable. Au nord, le théâtre Thomas Terry occupe un très bel édifice qui capte l’attention, avec ses couleurs pastels et son style art déco. Son fronton est orné de mosaïques de l’atelier Salviati de Venise, représentant les masques de la tragédie et de la comédie. A l’intérieur, la décoration et l’acoustique s’avèrent également exceptionnels; ce pourquoi le théâtre a accueilli de nombreuses célébrités, telles que Sarah Bernhardt, Anna Pavlova et Enrico Caruso. Sur les autres côtés de la place se démarquent également la Casa de la Cultura (un ancien palais bleuté), le palais du gouvernement (Hôtel de ville) et la cathédrale de « Nuestra Senora de la Purisima Concepcion ».

Des secrets bien gardés
En changeant de quartier, on constate que Cienfuegos possède aussi quelques influences d’art mauresque, dont le « Palacio del Valle », construit pour une riche famille espagnole, dans les années 20. Avec ses balcons ornés d’arcades et ses tourelles, il évoque un peu les palais andalous; en plus petit, bien sûr !
Malheureusement, l’histoire raconte que les propriétaires d’origine n’en ont profité que quelques années. Avec la crise financière des années 30 et le décès du maître, le reste de la famille décida de repartir en Espagne, en laissant ce bijou… à leur domestique. Situé le long de la mer et tout au bout de la péninsule, ce palais abrite désormais un restaurant haut de gamme qui mérite le détour; ne serait-ce que pour y admirer les plafonds, les arcades et la décoration intérieure, qui détonnent dans le contexte cubain d’aujourd’hui.

Après avoir arpenté le centre à pied ou en cyclo-pousse, il faut aussi prendre quelques heures pour aller découvrir le Jardin botanique Soledad, situé à une quinzaine de kilomètres de là. Parmi les secrets bien gardés de Cienfuegos, ce jardin est considéré comme l’un des plus spectaculaires en Amérique latine, parce qu’il possède près de 1550 espèces de végétaux, dont plusieurs espèces exotiques et l’une des plus belles collections de palmiers au monde. Légèrement en dehors de la ville nous attend aussi le « Castillo de Jagua », situé dans le canal d’entrée de la baie de Cienfuegos. Cette forteresse militaire fût la troisième construite par le roi Philippe V d’Espagne (entre 1733 et 1745), dans le but de combattre les pirates. Devenu monument national en 1978, la forteresse a fait l’objet de plusieurs restaurations et de nombreuses légendes populaires, dont celle de la dame en bleu…

En fin de journée, impossible de résister aux plaisirs du Paseo del Prado : l’équivalent du Malecon, pour les habitants de Cienfuegos. Quelques heures avant le coucher du soleil, on dirait que le coeur – et l’animation – de la ville se déplace ici, le long de cette baie. La promenade se remplit de visiteurs et de locaux; les uns admirant les bateaux qui sillonnent la baie, tandis que les autres, en secret, envient les jeunes amoureux qui se font des yeux doux, dans les lueurs rosées du soleil couchant…

Nathalie de Grandmont


Une place spéciale
Pour l’équipe de l’Office du tourisme de Cuba à Paris, Cienfuegos occupe aussi une place spéciale, puisqu’il s’agit de la ville natale de sa directrice, Rosa Adela Mejias Jimenez. Madame Jimenez nous a parlé de cette perle du sud, avec beaucoup de passion. « Cienfuegos est une ville maritime qui a un charme fou », disait-elle d’entrée de jeu. Entre autres choses, elle nous conseillait d’aller voir le Delphinarium et le jardin botanique, sans oublier la plage de Rancho Luna et ses hôtels balnéaires (à une quinzaine de kilomètres). Selon elle, Cienfuegos s’insère à merveille dans un beau circuit au centre de Cuba. « Un triangle qui, expliquait-t-elle, pourrait inclure Cienfuegos, Trinidad et la région de Topes de Callentes, qui a développé un tourisme autour de la nature et de la santé, grâce à la présence de sources thermales. »


Le « fief » de Benny More
Surnommé « El Barbaro del ritmo » (le barbare du rythme) Maximiliano Bartolomé Moré Guttiérez, connu sous le nom de Benny Moré, fait la fierté de Cienfuegos où il se produisait avec des formations renommées comme le célèbre Trio Matamoros et l’orchestre de Pérez Prado… Aux dires des spécialistes, il fait partie des meilleurs chanteurs cubains. Cienfuegos lui rend un hommage par cette statue placée au milieu du Paseo del Prado…et en organisant tous les deux le Festival International Benny Moré dont la prochaine édition se déroulera à l’automne 2017.