Sa beauté inscrite au Patrimoine mondial vous immerge dans la période florissante des grandes haciendas sucrières.
Si la prospérité fait désormais partie du passé, elle reste bien vivante et très préservée.

La plus jolie ville de Cuba après La Havane
La route entre La Havane et les grandes plaines sucrières de Trinidad mène à la pointe est de l’île, là où les cimes escarpées de la Sierra Maestra viennent s’échouer dans le clapotis des vagues. « Un vrai défilé des Thermopyles !», disait Fidel Castro quand il s’y cachait durant la révolution.
Pour Trinidad, on s’arrête avant, en plein cœur de Cuba, dans cette région des champs de canne qui firent jadis la prospérité des haciendas et de leurs propriétaires. Les rues pavées, les maisons basses aux façades pastel, les hautes fenêtres à barreaux en bois tourné de cette petite merveille se succèdent en technicolor sous un soleil de plomb et mieux vaut longer les murs à l’ombre des trottoirs pour ne pas prendre un coup de chaud. A l’ombre des flamboyants aux couleurs fauves, il n’est pas rare de croiser quelques musiciens grattant la guitare en chantant une ballade, accompagnés de bongos.
Des palais de la plaza Mayor, les ruelles s’écartent en descendant à travers les toitures basses et les façades multicolores. La tour de l’église régulièrement repeinte de couleurs acidulées et le centre ville colonial restauré rappellent la réussite des grandes familles de l’époque, aujourd’hui remplacées par un flux de touristes éblouis qui arpentent les rues avec l’ardeur des découvreurs de trésors. On pousse la porte du Museo romantico pour se faire une idée de la vie d’avant. Ce palais du XVIIIè illustre à grand renfort d’objets la vie privilégiée des bourgeois d’autrefois qui, fascinés par l’Europe et Paris en particulier, faisaient venir par bateau bibelots, tableaux, mobilier signé quand les pesos coulaient à flots. En contrepoint, le Musée de Lutte contre les Bandits (Museo de la Lucha contra los Bandidos) logé dans l’ancien couvent des franciscains rappelle les combats des contre-révolutionnaires dans le maquis local avant la prise de pouvoir par Castro…

Dans les maisons, les fastes du passé soigneusement conservés
A l’heure où les couleurs des façades resplendissent dans la lumière du couchant, les gens se tiennent au frais devant leur porte et vous laissent admirer au passage les trésors hérités de leurs aïeux décorant encore leur maison. La prospérité des siècles passés s’y devine dans un faste suranné : lustres en cristal de Baccarat ternis par les années, pianos de marque sans doute désaccordés, miroirs baroques aux cadres dorés… Tout est resté en place et, malgré la pauvreté, rien n’a été bradé, question de dignité et de fidélité. Les touristes ne s’aventurent pas au-delà du centre ville et c’est dommage car les quartiers plus populaires aux maisons coloniales en rez-de-chaussée et au torchis apparent ont gardé toute leur authenticité. On y voit les enfants jouant sur les trottoirs ou dans les rues aux pavés déchaussés. Les habitants, moins soucieux de vendre cigares ou artisanat local, ne demandent qu’à échanger avec les quelques passants des propos curieux. De vrais contacts qu’offrent au voyageur étranger ces moments partagés.

De la musique, un mojito et des paroles d’amitié
Le soir, attirés par la musique, on pousse la porte de la Casa de la Trova, une maison coloniale donnant sur la rue où pour quelques pesos les musiciens perpétuent la rumba, la salsa et surtout le son, un mélange de romance espagnole et de rythme africain aujourd’hui apprécié dans le monde entier depuis que le Buena Vista Social Club l’a fait connaître avec Compay Segundo et Ibrahim Ferrer. En sirotant un mojito on tente quelques mots en espagnol avec les cubains fidèles à ce lieu emblématique, le temps d’apprendre comment ça marche à Cuba. Pas facile tous les jours, mais on croit toujours aux lendemains qui chantent. Les familles sont soudées, partagent en ville leur peu d’espace et un confort plus que sobre. Car la solidarité ici n’est pas un vain mot et l’entraide permet d’oublier les maux. « Nous avons la qualité de vie sans niveau de vie !» s’esclaffe un musicien. L’art de vivre à la cubaine ? Profiter du présent sans penser à demain avec un principe de base hérité du Che, “Hay que luchar“, il faut lutter ! Plus qu’un diktat, une philosophie partagée dans la dignité. Dans le silence des ruelles la nuit tombée, on entre dans l’un des nombreux paladars, ces restaurants privés autorisés par Fidel depuis une vingtaine d’année, pour se régaler de grillades et parfois de langouste ou de poisson variés dans une ambiance authentique au son de la musique. Car ici, elle ne s’arrête jamais.

La Vallée de Los Ingenios rappelle la vie des coupeurs de canne
Le temps s’est arrêté à Trinidad avec ses années de gloire, quand dans les vallées environnantes les moulins à sucre tournaient à fond et que s’accumulaient les richesses venues du monde entier. Une époque lointaine, d’avant la révolution…Pour s’en faire une idée, il faut s’écarter d’une trentaine de kilomètres en direction de cette vallée désormais ben tranquille que l’Unesco a inscrite au Patrimoine mondial. De loin déjà on distingue les hautes cheminées en brique qui servaient à distiller et on apprend que soixante-dix moulins y fonctionnaient encore en 1850, faisant suer les esclaves sous le joug des grands propriétaires terriens… Un petit train à vapeur mène en brinquebalant jusqu’au village de Manaca dont la tour de 43 mètres servait, dit-on, de mirador pour mieux surveiller les hommes au travail. Elle ne révèle plus aujourd’hui aux intrépides qu’une belle vue panoramique. On se pose à l’’heure du déjeuner un peu plus loin, à l’hacienda de Guachinango, où jusque dans les années 1980 les cow-boys locaux élevaient leur bétail… Une époque bien lointaine dont les anciens transmettent la mémoire avec quelque nostalgie. Mais on l’a dit, à Cuba, c’est le présent qui compte. La musique aussi et, avec elle, l’espoir des jours meilleurs qui ne sauraient tarder. Avec l’essor du tourisme ?

Catherine Gary